Réalisé par Julien Abraham (La Cité Rose et le tout récent Made in China), co-produit par MHD et co-écrit par l’acteur et militant Almamy Kanouté (proche du comité Justice et Vérité pour Adama), Mon Frère suit Teddy (MHD), un lycéen provincial de famille aisée, qui se retrouve enfermé dans un centre éducatif suite à une altercation mortelle avec son père. L’adolescent va devoir apprendre à survivre dans un monde d’une brutalité crue, et essayer de retrouver sa famille…
Si vous vous attendez à une ambiance aussi légère et joyeuse qu’un morceau d’afro-trap, vous risquez d’être secoués. Mon Frère est violent. Très violent, même. Mais plus que ses scènes de passages à tabac, c’est sa violence psychologique qui hante le spectateur. Manipulations perverses, loi du plus fort, instincts de meute : le film décortique les jeux de pouvoir cruels d’ados désespérés. Rarement on aura vu un portrait aussi convaincant d’une certaine jeunesse française défavorisée, livrée à elle-même et persuadée qu’elle n’est déjà plus bonne à rien.
À leurs côtés, les seconds rôles brillent tout autant, qu’il s’agisse des jeunes du centre, d’Aïssa Maïga, de Mathieu Longatte (parfait en éducateur dépassé), d’Almamy Kanouté ou encore de Jalil Lespert.
Éprouvant, Mon Frère n’en est pas moins une réussite, en dépit d’un dernier tiers un peu long. Il n’est pas juste non plus un énième film sur les prisons juvéniles ; ce drame interroge le public autour des thèmes de la responsabilité et de la masculinité, avec en creux une question très actuelle : comment devient-on un Homme ?
Impossible enfin de regarder cette œuvre sans avoir une pensée pour le sort de MHD. L’artiste est incarcéré depuis janvier 2019, dans une affaire d’homicide volontaire suite à une rixe survenue en juillet 2018. Il attend en ce moment son jugement…
